Tout a commencé par Malataverne, de Bernard Clavel. Un tourbillon, une révélation. Pourtant, il y avait eu aussi Flaubert, George Sand, Jules Renard, Hervé Bazin... ce que les gamins de son âge étaient bien obligés de lire. Mais ça avait commencé bien plus tôt, Page d'écriture, L'oiseau lyre, Le cancre, L'enfant, Liberté... Jacques Prévert, Maurice Carême, Paul Eluard...et toutes ces autres magies que sa génération avait parfois apprises par cœur, récitées, ressenties. Comment ne pas se remplir d'émotions ?
Calogero Di Benedetto n'a pas le parcours qu'on imagine.
Il devait redoubler sa troisième, non pas parce qu'il était mauvais élève, mais parce qu'il avait passé l'année à sécher les cours, préférant le bonheur de faire bleu, les flippers, la clope et les juke-boxes. Cela avait tellement tranché avec le mignon élève qu'il avait été en quatrième option latin et musique, qu'à l'idée de revoir les mêmes professeurs, il avait eu honte. Alors, un soir après le bahut, il décida de trouver un travail.
Il frappa à toutes les portes des commerces qu'il croisa en rentrant à pied. "Vous cherchez un apprenti ?" Les boucheries, les boulangeries, les épiceries, le marchand de chaussures, tous dirent non. Sauf le tout dernier commerce avant la maison, la pâtisserie Affolter. C'est la patronne elle-même qui ouvrit. "Bonjour madame, vous cherchez un apprenti ?" Elle lui saisit les mains, les regarda. "C'est bon, tu commences demain."
Il était apprenti pâtissier. La route fut longue.
Mais Calogero était déjà aussi musicien. Il avait appris le solfège à l'école de musique de la ville, étudié la guitare classique. Et c'est à 44 ans qu'il reprit le chemin des bancs de l'école, par le conservatoire, puis l'École Normale de Musique de Paris.
Les années ont filé et ont vu passer Hesse, Steinbeck, Proust, Stefan Sweig, Maupassant, Victor Hugo, Dostoïevski, Jostein Gaarder... Puis Céline, choc frontal. Pas seulement Voyage au bout de la nuit...Céline et son âme parfois effrayante, mais un exemple unique d'écriture.
Et puis un soir de début 2010, un livre dans la bibliothèque. C'est à toi ce bouquin ? "Oui, c'est Louis Calaferte." Il ouvre. Il lit les premières pages. Il dévore Septentrion. Il en achète une flopée les jours suivants. Et pour les moments de récréation, Vincent Ravalec "Nostalgie de la magie noire", "Cantique de la racaille", "Du pain pour les pauvres et autres nouvelles"...et puis Joël Houssin "Angel Felina", "Argentine", "Le temps du twist"...et c'est très probablement là, entre récréations et Calaferte que tout a commencé.
Il a fallu encore sept ans pour que naisse Music Express, 2017.
Il avait cessé de douter de pouvoir écrire.
Il écrivait, simplement.
Depuis, ses écrits s'accumulent, récits autobiographiques, réflexions quantiques, et maintenant la SF avec Géométrie des rêves miroirs, premier épisode de la Suite Quantique, une dernière étape d'un glissement progressif vers l'ailleurs. Vers des mondes où la fiction devient un territoire aussi réel que le reste.
La musique n'a jamais tout remplacé. Elle a juste pris beaucoup de place. L'écriture a pris le reste.
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